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Al Capone |
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Les débuts du XXe siècle dans l’histoire américaine sont marquants. C’est en 1920 que les femmes obtinrent le droit de vote.
C’est aussi dans les mêmes années que le Sénat américain refuse d’adhérer à
la Société des Nations, société qui était au départ une idée du président
Wilson. Contre celui-ci, Warren Harding fut élu à la présidence à ce moment
là. C’est en effet dans ce contexte sociopolitique que la mafia américaine pu émerger en puissance dans les villes importantes des États-Unis. Le sénat américain vota en faveur de l’amendement 18 de la Constitution américaine, qui posait les bases de ce qu'on a appelé la Prohibition. C’est donc dans l’objectif de réduire l’alcoolisme,
d’augmenter la productivité dans les usines par cette réduction de
l’alcoolisme et de diminuer la violence conjugale que la prohibition entrera
en vigueur le 17 janvier 1920. Alphonse Capone déménagea plusieurs fois avec sa famille au cours de son enfance, restant néanmoins toujours à New York. Il quitta l’école à 14 ans après avoir frappé un professeur
et commença peu de temps après à accomplir de petites missions pour un de
ses voisins, Johnny Torrio, qui contrôlait la loterie du quartier italien
ainsi que plusieurs bordels et tripots. Torrio présenta Capone à Frankie Yale, un des maîtres de la pègre new-yorkaise; ce dernier donna du travail à Capone au Harvard Inn qu’il dirigeait sur Coney Island. C’est lors d’une bagarre au sujet d’une fille de l’établissement que Capone reçut les trois coups de rasoir au visage qui lui valut le surnom de « Scarface », le balafré. En 1918, Capone quitta son travail et s’enfuit pour Baltimore. Quand son père mourut en 1920, Torrio le contacta, lui
indiquant que Chicago était un terrain quasiment libre l’invitant à le
rejoindre sur place. C’est à Chicago collaborant avec Torrio, que Capone
commença son ascension vers les plus hautes sphères du crime organisé. Le gang comptait entre 700 et 800 hommes. Capone commença en bas de l’échelle comme rabatteur à l’entrée d’une maison close. C’est probablement là qu’il rencontra Jack Guzik, un membre d’une famille juive de proxénétisme. Ils se lièrent rapidement, et Guzik devint le trésorier de l’organisation. L’estime que Capone portait à Guzik fut démontrée en 1924, quand un braqueur nommé Jow Howard fit une remarque antisémite en leur présence. Capone l’abattit de six balles, devant témoins, dans un saloon de South Wabash Avenue. Capone fut interrogé par le procureur adjoint de l’état, William McSwiggin, mais relâché faute de preuve : tous les témoins semblaient soudainement souffrir de troubles de la mémoire. En 1922, Capone fut rejoint par son frère Ralph. Al devint patron du Quatre-Deux, et associé de Torrio, recevant un salaire de 25 000 dollars par an. En 1923, poussés par l’élection de William E. Dever un maire
peu coopératif qui avait fait fermer 7000 bars clandestins, Torrio et Capone
déplacèrent leur quartier général du Quatre-Deux jusqu’à l’Hawthorne Inn, à
Cicero, dans la banlieue de Chicago, et donc hors de la juridiction du
maire. Cicero avait aussi une importante communauté tchèque, habituée à la bière bohémienne fournie par les O’donnell du quartier Ouest, qui n’avaient pas rejoint le syndicat de Torrio, et considéraient Cicero comme faisant partie de leur territoire. Sans les en informer, ce que la plus élémentaire courtoisie professionnelle aurait dicté, Torrio testa l’étendue de leur pouvoir en installant une maison de passe sur Roosevelt Road. La police locale, à la demande des O’Donnell, la fit promptement fermer : les O’Donnell désapprouvaient la prostitution. Ils autorisaient le jeu, par contre, mais uniquement sous la forme de machines à sous, contrôlées par un élu local nommé Eddie Vogel. Torrio pour venger la fermeture de son bordel, envoya le shérif du comté de Cool confisquer les machines à sous de Vogel. Torrio organisa ensuite une rencontre avec Vogel et les
O’Donnell et négocia une trêve. Il permettait aussi aux O’Donnell de continuer la distribution de bière dans certains quartiers de la ville. En échange le Syndicat obtenait l’autorisation de vendre de la bière dans le reste de la ville, et d’ouvrir des casinos et des cabarets ou il voudrait. Ayant pris pied dans Cicero, Torrio laissa les affaires à la
charge de Capone et reparti pour l’Italie avec sa mère et quelques millions
de dollars. Le premier défi auquel Capone eut à faire face fut la prise en main de la municipalité de Cicero. L’opportunité s’en présenta à l’occasion de l’élection municipale de 1924, opposant le démocrate Rudolph Hurt et le républicain Joseph Z. Klenga l’élection eut lieu le 1er avril. Capone mit tout le poids du Syndicat dans la balance pour favoriser Klenga. Capone avait installé toute sa famille à Chicago, et ses frères Ralph et Franck, ainsi que son cousin Charly Fischetti aidèrent à la campagne musclée en faveur de Klenha et des autres candidats soutenus par les gangs. Ils étaient assistés par 200 hommes de main installés autour dans bureaux de vote pour terroriser les électeurs. Dans les circonscriptions votant traditionnellement démocrates, ils allèrent jusqu’à vider les urnes pour les bourrer de bulletins de leurs candidats. La violence de ces opérations et la rumeur de la fraude remontèrent jusqu’au juge du comté, Edmund J. Jarecki, qui déploya une force de 70 policiers en civil et en voitures banalisées ayant ordre d’aller chercher les responsables à Cicero. La première personne qu’ils virent en passant devant la centrale électrique fut Frank Capone. Ils freinèrent et sortirent de leurs voitures. Croyant à l’attaque d’un gang rival, Frank tenta de sortir son arme, mais fut littéralement coupé en deux par la décharge de plusieurs fusils. Les policiers vidèrent leurs armes sur son cadavre, et le laissèrent là. Il avait 29 ans. Le gang lui organisa de superbes funérailles, dans un cercueil plaqué argent, et la petite maison Capone sur South Prairie Avenue fut décorée avec 20 000 dollars de fleurs. Al Capone avait perdu un frère, mais il avait remporté
l’élection et était à présent le maître de Cicero. La base d’opérations de Capone à Cicéro était L’Hawthorne Inn, au 4833 de la 22e rue. L’attaque qui avait coûté la vie à son frère lui fit renforcer la sécurité, et il fortifia l’endroit, postant des hommes armés dans le hall et faisant poser des volets blindés aux fenêtres. Capone contrôlait à présent 161 bars clandestins à Cicero et 150 tripots. L’un d’entre eux, l’Hawthorne Smoke shop, situé dans Hawthorne Inn, rapportait 50 000 dollars par jour. Capone possédait aussi 22 maisons de passe, ne se sentant plus lié à l’accord passé avec les O’Donnell. C’étaient des établissements de dernière catégorie, où les filles se vendaient pour 5 dollars, et où les clients attendaient assis sur des bancs de bois. Le chiffre d’affaires de l’empire de Capone avoisinait les 105 millions de dollars par an mais les coûts de fonctionnement étaient élevés. Les pots-de-vin à la police représentaient 30 millions à eux seuls. Mais malgré tout, les bénéfices restaient colossaux. Les hommes travaillant pour Capone gagnaient 250 dollars par semaine. Comparés aux employés de la Western Electric, ils étaient riches. Capone portait des costumes à 5000 dollars, et n’avait que 25 ans. Capone continue donc à prospérer des années durant. Éliminant sur son passage plusieurs adversaires tel O’Bannion et Weiss. Il continua sa vie de pacha dans le crime. Tous les meurtres qu’il fit restèrent impunis. Tous les procès contre les coups qu’il porta furent abandonnés soit faute de preuve, soit faute de témoin… En 1927 suite au procès opposant Sullivan (un gangster opérant dans la vente d’alcool illicite) au ministère public des États-Unis, la Cour suprême fit passer une loi autorisant le fisc à taxer les revenus de la vente illicite d’alcool au même titre que n’importe quel autre revenu. Même si la loi pouvait sembler absurde à première vue – pourquoi quelqu’un gagnant illégalement de l’argent irait-il le déclarer ?- elle devint vite une arme puissante contre les trafiquants. Ils pouvaient à présent être envoyés en prison pour fraude fiscale s’ils ne déclaraient pas la totalité de leurs revenus. Et s’ils la déclaraient, ils admettaient eux-mêmes leur participation à des activités illégales. Le bureau du procureur fédéral à Chicago estima à 105 millions de dollars le chiffre d’affaire de l’organisation de Capone, au titre du trafic d’alcool, du jeu, du proxénétisme et des rackets. Sur lesquels personne n’avait payé d’impôts. Une loi qui
pourrait bien défaire l’empire Capone. C’est pourquoi l’équipe de Capone mit en place une opération probablement imaginée par Jack McGurn, dans le but d’éliminer George Moran et les membres clés de son gang des quartiers nord. Capone quitta Chicago pour la Floride, laissant l’exécution du plan à la charge de Mcgurn, se taillant pour sa part un alibi parfait. Le quartier général de Moran était le garage de la SMS Cartage Company, au 2122 North Clark Street. Capone devait être certain que Moran et ses hommes soient tous réunis avant d’agir. Pour amorcer le piège il demanda à un braqueur de cargaison de Detroit de proposer à Moran de lui vendre un camion de whisky de contrebande. Moran accepta d’acheter et demanda qu’on lui amène le camion
au garage à dix heures et demie du matin, le 14 février jour de la
Saint-Valentin. Leur voiture traversa la porte du garage. Il y avait là 7 personnes, 6 membres du gang et un respectable oculiste de Chicago, dont le seul crime était d’aimer fréquenter les gangsters. Les membres du gang ne s’inquiétèrent pas outre mesure, pensant à une simple descente de police. On leur ordonna de s’aligner face au mur. Puis les « policiers » (des hommes de Capone) ouvrirent le feu, les tuant tous. Les experts en balistique retrouvèrent par la suite entre 80
et 100 balles de calibre 45. Bugs Moran, le chef du clan, visé par l'attaque
mais qui y avait miraculeusement échappé, déclara : « Seul Capone tue des
gens comme cela » Il fut décidé qu’à cause de la publicité du massacre de la Saint-Valentin il serait plus sage de calmer l’opinion publique et de lui donner une peine d’au moins un an. Donc Capone et Hoff le chef d’un poste de police de Chicago se mirent d’accord pour qu’il soit arrêté pour cause de port d’arme illégale. Il fut donc condamné à un an de prison où il fit arranger sa cellule luxueusement. Il fut libéré après dix mois de prison. Fait amusant chaque policier procédant à l’arrestation de
Capone reçut 10 000 dollars pour sa capture. Effectivement, avant le massacre, les syndicats du crime jouissaient d’une popularité inouïe. Procurant de l’alcool aux gens contre la prohibition ils avaient le soutien populaire. Mais le massacre sanglant et immoral pour certains, choqua l’opinion publique. La mafia n’ayant plus l’appui du public devait se faire plus discrète. Et les manifestations anti-prohibition et anti-mafia se
succédèrent, l’amendement 18 de la constitution semblait de plus en plus en
passe de disparaître. Il avait remarqué que les marges sur le lait étaient plus importantes que sur le whisky de contrebande, et le marché plus grand, puisque les enfants en consommaient. Capone adora l’idée. Humphreys fit enlever le président du syndicat local des livreurs de lait, touchant une rançon de 50 000 dollars, qu’il utilisa pour monter sa propre entreprise de livraisons, Meadowmoor Dairies, et mina la concurrence en employant des chauffeurs non syndiqués. Les prix baissèrent, et bientôt Meadowmoor détint un
monopole de fait sur ce marché, rare exemple de prise en main d’un marché
par un gang à avoir bénéficié au public. On voyait partout dans le pays des entreprises faire faillite et des sommes folles être englouties par la bourse qui s’effondra le 29 octobre 1929, entraînant à sa suite les marchés financiers du monde entier. Début 1931, alors que la crise s’aggravait, des milliers de chômeurs se retrouvèrent dans les rues de Chicago. Capone saisit l’opportunité de combattre son image d’ennemi public numéro 1 en ouvrant une soupe populaire sur South State Street pendant les mois d’hiver. Le jour de Thanksgiving, il nourrit plus de 5000 personnes. Ces preuves de bonne volonté aidèrent à améliorer son image auprès du peuple américain. Mais ne fit rien pour calmer le fisc, qui se demandait d’où
sortait l’argent. Le fisc enquêta dans les boutiques de Chicago et de Miami pour calculer le prix de ses meubles, de sa vaisselle et même de ses sous-vêtements. Après des centaines d’interrogatoires, il était clair que ses revenus étaient bien plus importants que ce qui était déclaré. On chiffra ses revenus nets en 1924 et 1929 à 1 035 654 dollars et 84 cents, représentant 215 080,48 dollars d’impôt. On lui laissa une chance de payer, il refusa. Le 5 juin 1931 il fut inculpé pour fraude fiscale, fut jugé le 7 octobre et condamné a 11 ans de prison et 80 000 dollars d’amende. Il passa d’une prison du comté de Cool à la prison d’État d’Atlanta puis en 1934 à Alcatraz. En 1939 attaqué par la syphilis, il fut envoyé à Terminal Island, près de Los Angeles, puis rendu à sa famille. Capone mourut chez lui, d’une crise cardiaque, le 25 janvier 1947. |